Rayon de Lune
Du lundi matin au dimanche midi, Violette vend des fleurs. Qu’il pleuve, qu’il vente ou que le soleil cogne, elle vend des fleurs dans une boutique du boulevard de Strasbourg à Toulouse.
De l’aurore à la brune elle apostrophe les passants d’un ton monocorde : « Achetez mes fleurs... Mes jolies fleurs cueillies de ce matin... »
Violette est grande, très grande, trop grande. Elle dépasse tout le monde d’une tête, voire deux. Elle est maigre aussi, tellement d’ailleurs que certains la comparent à une liane. Depuis qu’elle est née, il en est ainsi, les gens se moquent d’elle et disent dans son dos : « jamais elle ne pourra plaire à qui que ce soit ».
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Coup de vent
D’aussi loin qu’elle regarde debout sur son fil d’acier tendu entre deux poteaux de guingois, Pernelle ne voit que la toile rayée rose et verte du chapiteau à l’air bancal. En équilibre sur le filin rigide, entre un aller et un retour, une ombrelle dans la main gauche, elle tente de percer le mystère de la vie loin du cirque.
Elle sait qu’il y a la mer, pas loin. Elle l’entend. Mais elle ne l’a jamais vue autrement qu’au travers du hublot de sa roulotte, en allant d’une ville à l’autre. Monter et démonter le chapiteau à l’air bancal, répéter son numéro sont des tâches qui ne laissent place à rien d’autre.
Tout au fond de son cœur, elle espère qu’un jour ce monde de rêve lui dévoilera tout de lui parce qu’elle sortira enfin du chapiteau à l’air bancal.
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La route en lacets
Georges-Amandin habite un sixième étage sans ascenseur, sous les toits d’un vieil immeuble où tout est biscornu. Les fenêtres sont rectangulaires quand les encadrements sont arrondis. Les portes gondolent comme les feuilles des arbres à l’automne. Les sols montent et descendent pareillement aux cols des Pyrénées. Les plafonds accusent des ventres ronds. Et les murs s’inclinent tantôt à droite, tantôt à gauche menaçant de tomber. Mais Georges-Amandin n’en a cure. Il se sent bien ici. Il trouve que cet appartement lui ressemble... ou l’inverse. De travers tout comme lui...
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Tout en rondeurs et visage d’ange, Clémence-Rose trace chaque matin des portées à main levée sur de grandes feuilles ivoires, tout en trempant une biscotte beurrée dans une tasse de lait chaud. Depuis plusieurs années, elle recopie des partitions pour l’école de musique de son petit village niché au fin fond d’une vallée des Pyrénées. Dans son métier de tous les jours, elle présente la météo en langage des signes. Son palais mal fermé de naissance l’affuble d’un gros défaut de prononciation la rendant incompréhensible. Alors elle parle avec les mains.
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